Malaise vagal
Je ne sais pas exactement ce qui m’a fait me souvenir d’elle. Pourquoi hier ai-je pensé à cette fille que j’avais connue à un moment lointain de ma vie ? Je pourrais l’appeler ma toute première copine, si seulement je me souvenais de son prénom. Peut-être s’appelait-elle Charlotte, non cela vient de me revenir, elle s’appelait Juliette.
Pourquoi donc ma mémoire a-t-elle rapporté au devant de la scène cette fille d’il y a des années et avec laquelle, il faut bien l’avouer, je ne suis pas resté bien longtemps ? Je crois savoir que c’est au moment où, à table, nous avons abordé le sujet du malaise vagal.
Tout était un peu parti de travers avec cette fille. Peut-être le fait que je rejetais à l’époque mon homosexualité y était pour quelque chose, hehe. J’en étais bien conscient pourtant. Mais des raisons familiales stupides et patati et patata ont fait que je tremblais dans ma culotte à l’idée de faire un quelconque premier pas pour m’accepter en tant que tel. Du coup lors d’une soirée, en ayant marre du célibat, je m’étais dit « ce soir peu importe la timidité, peu importent les autres, les râteaux et que sais-je encore, ce soir je me trouve une fille ». Et cette soirée fut une des seules de ma vie où j’ai eu le courage de me conduire en séducteur avec les filles. Sans doute bien maladroitement, l’histoire ne le dit pas.
Toujours est-il que la fille qui me plaisait plutôt m’a accordé danse sur danse et nous avons fini la soirée sur un baiser ma foi assez excitant. Ah la la, qu’est-ce qu’on peut se mentir des fois. En effet la réalité n’a pas tardé à se faire sentir : après deux semaines et quelques rendez-vous avec Juliette, je la délaissais souvent pour des soirées ciné avec des copains (dont un très mignon soit-dit en passant, hmm Thomas et son patronyme à rallonge).
Mais l’instant qui m’est revenu si vivement en mémoire hier est celui où, après avoir passé une deuxième soirée chez moi, j’ai embrassé Juliette pour la première fois depuis cette fameuse nuit au Tanjia. Chez moi, avec moins d’alcool pour me donner du courage, mais aussi beaucoup moins envie de l’embrasser, juste l’envie égoïste qu’elle parte. Il fallait pourtant l’embrasser, il le fallait. Je ne sais pas vraiment pourquoi mais je sentais que c’était quelque chose que je devais faire. Je ne l’avais pas fait depuis cette soirée alors que nous nous étions revus une fois chez elle et une fois chez moi avant cela. Juste au moment de la raccompagner à la porte je me suis penché sur elle et nos lèvres se sont effleurées, puis embrassées pleinement. C’est à ce moment-là qu’un voile noir s’est déposé devant mes yeux, que mes jambes ont tenté de se dérober sous moi et que je suis devenu sourd !
Heureusement, le voile s’est dissipé avant la fin du baiser. Pour mes jambes en revanche, ce fut plus compliqué. Il m’a fallu agripper solidement le pommeau de la porte pour ne pas m’effondrer. Je pense avoir réussi à donner le change. Quant à mon ouïe, je ne l’ai recouvrée complètement qu’une bonne dizaine de minutes après le départ de Juliette. Je me suis contenté d’acquiescer à tout ce qu’elle a pu me dire entre la fin de nos embrassades et son départ, laps de temps que je me suis bien forcé d’écourter tant mon malaise était grand.
D’aucun aurait pu y voir un coup de foudre. En ce qui me concerne et à la lumière de mes songeries nocturnes de l’époque je savais pertinemment que tout cela n’augurait rien de bon. Il fallait que je me rende à l’évidence : si Juliette avait été un Jules, je n’aurai pas perdu l’usage de deux de mes sens d’un coup, comme ça…
Ça paraît peut-être bête à dire mais ce malaise a grandement contribué à l’acceptation de mon homosexualité. Je me suis rendu compte que même mon corps rejetait ce mensonge au point de me rendre malade et qu’il fallait que je change des choses dans ma vie.
Cher Auteur,
RépondreSupprimerJ'ai beaucoup apprécié cet article, et ça m'a fait repenser à une situation similaire, en première année de sup de co. Lors d'une soirée organisée durant le sémi-neige de mon école, j'ai embrassé une fille, un peu pour mettre fin au célibat, pour me convaincre, etc ... La réaction corporelle n'a pas pris autant de proportion que chez toi, mais elle a été lacrimaire ! Le mec embrasse une fille, joue au guignol devant les copains et s'effondre en rentrant dans sa chambre ! Enfin, peu être un électrochoc pour me dire " bon, là, tu vas te mettre un coup de pieds aux fesses et assumer ce que tu veux vraiment".
Cet épisode a été le début de mon acceptation en tant qu'homo.