31 décembre 2008

Le jeter de valise à la gueule, ça va chercher dans les combien en millions de dollars ?

Les américains sont bien connus pour être procéduriers. C'est pas un cliché, c'est comme ça, les tribunaux sont là pour répondre à tous les litiges. On se souvient de la femme qui a fait un procès à Starbucks car un garçon lui avait renversé son café sur les pieds et ainsi rendu ces derniers trop endoloris pour lui permettre d'arborer ses nouvelles chaussures. On se souvient également de la raison pour laquelle il est écrit sur les gobelets en cartons que "Attention, cette boisson est chaude" alors qu'on vient de l'acheter soi-même et qu'on est donc au courant : quelqu'un s'étant brulé une fois avait fait un procès à son vendeur de café habituel. En bref nous connaissons surtout le côté abusif des procédures de justice aux États-Unis. Ce sont les cas tirés par les cheveux qui sont souvent mentionnés dans les journaux comme Métro et qui nous font dire "Eh beh, ils sont fous ces américains" ou bien "$200 millions pour ça, c'est vraiment de la connerie !"

Si je parle de ça c'est parce que ça a plutôt tendance à me révolter. Et c'est exactement ce qui s'est passé hier dans le train de banlieue. Je revenais vers New York avec trois collègues, dont une qui rapportait une grosse valise et que nous avions placée sur le rail à bagages pour ne pas gêner le passage.

A l'approche de sa station elle a voulu descendre sa valise par elle-même sans que je ne m'en aperçoive pour l'aider. Elle a glissé et la grosse valise a fini sur la tête d'une autre collègue toute fluette. Sa barrette a volé en éclats et elle a du avoir assez mal tout de même sur le moment.

Alors que nous nous rendions compte de la situation et nous levions pour aller voir comment la pauvre collègue allait, la première était vraiment confuse et s'excusait du mieux qu'elle pouvait en s'assurant qu'elle ne lui avait pas fait trop mal. En gros une fois le choc de la surprise passé, elle allait avoir une petite bosse et puis ça serait tout. Incident clos.

Eh bien un mec qu'on ne connaissait ni des lèvres ni des dents s'est levé et est venu nous donner sa carte. Il se portait volontaire pour témoigner dans un procès opposant mes deux collègues ! Du jamais vu ! Il avait observé la scène et avait donc du se rendre compte qu'elles étaient plutôt copines, mais non, il a jugé opportun de venir s'en mêler. Il a d'abord crié "I'm a witness, I'm a witness!!" dans toute la rame avant de s'approcher pour nous tendre ses coordonnées.

Nous avons tous regardé ce type hébétés tellement cela tenait de l'irréel. S'en est suivi une discussion au cours de laquelle nous avons poliment refusé ses services, puis sèchement expliqué que nous n'avions pas une mentalité de tordus. L'homme est reparti vexé, maugréant que puisque c'était comme ça et que nous n'étions pas d'accord avec le sacrosaint système de règlement des litiges à l'américaine il ne nous donnerait rien.

J'aimerais connaitre les différents points de vue des gens mais personnellement je refuse que la société soit régie uniquement par des rapports conflictuels et légaux. Je trouve qu'il est trop facile de sauter sur la première occasion qui se présente pour carrément extorquer de la thune à la malheureuse personne qui aurait fait une boulette. Vivre avec cette épée de Damoclès au-dessus de la tête est insupportable et je trouve ces pratiques absolument dénuées de sens puisqu'elles ne réparent en rien la faute commise.

Bien sur, si ma collègue avait eu une vertèbre cassée, la responsable se serait occupée de tout. Cela va sans dire. Eh bien il faut croire que non, cela ne va pas sans dire, puisqu'il a fallu qu'on substitue les tribunaux à la responsabilité civile. Du coup le monde n'avance plus qu'à grand coups de procès et des gens comme le type du train semblent y prendre leur pied.

29 décembre 2008

Départs

Parti il y a peu de temps, me voici déjà revenu. Trop tôt. Le lieu si froid qui m'avait vu décoller par un vendredi enneigé s'est habillé de printemps hier soir pour m'accueillir doucement.

Deux jours avant le départ, la soirée de Noël de ma boite m'avait donné une vue imprenable sur le beau ciel d'hiver qu'arborait à l'époque la ville. Il ne laissait rien présager du déluge blanc qui allait s'abattre sur non seulement la région mais également sur plus d'un quart du pays.

L'Empire State Building habillé de blanc dans la nuit froide.

Times Square projette son halo de lumière arrogant, narguant la nuit.

Lorsque je suis rentré chez moi prendre ma valise avant de me mettre en route, le ciel était bien moins dégagé et la chaussée était recouverte de 15cm de cauchemard pour qui doit trainer une lourde valise derrière lui et cheminer vers un aéroport. Surtout JFK !

Notre peluche tirelire-cochon était bien d'accord avec moi : point de taxi par ce temps, mieux vaut prendre le métro jusqu'au AirTrain.

Une fois à ma place, plus rien à faire que d'attendre qu'on retrouve la truffe qui s'est paumée entre la porte d'embarquement et la porte de l'avion. Je ne savais pas qu'il était possible de disparaitre dans ce couloir étroit rempli de pub HSBC. Mais comment expliquer autrement que les chiffres du comptage du sol et du bord diffèrent d'un passager ?

Entre temps la neige a cessé, pour se changer en pluie verglaçante... il faudra donc passer au dégivrage.

Enfin, cinq heures de sommeil et quelques kilomètres plus loin, alors que je relève à la fois les caches de mes hublots et le dossier de mon fauteuil, je découvre ce spectacle grandiose qui ne cesse de m'époustoufler.

Quitter la nuit et les intempéries pour se réveiller face à pareil spectacle de calme et plénitude... voila le vrai bonheur de cet instant.

Plus que quelques instants avant le début de la descente sous la crasse. Nous cheminons toujours vers le soleil et je le contemple tant que je peux.

25 décembre 2008

Joyeux Noël à tout le monde

Joyeux Noël aux bien-portants et à ceux qui, comme moi, ont réchauffé l'assemblée de leur 38 de fièvre la nuit dernière. On a dû congédier le boeuf, il ne dégageait pas autant de chaleur que moi dans l'étable et voulait se taper du rab' de foie gras mi-cuit.

24 décembre 2008

Malaise vagal

Je ne sais pas exactement ce qui m’a fait me souvenir d’elle. Pourquoi hier ai-je pensé à cette fille que j’avais connue à un moment lointain de ma vie ? Je pourrais l’appeler ma toute première copine, si seulement je me souvenais de son prénom. Peut-être s’appelait-elle Charlotte, non cela vient de me revenir, elle s’appelait Juliette.

Pourquoi donc ma mémoire a-t-elle rapporté au devant de la scène cette fille d’il y a des années et avec laquelle, il faut bien l’avouer, je ne suis pas resté bien longtemps ? Je crois savoir que c’est au moment où, à table, nous avons abordé le sujet du malaise vagal.

Tout était un peu parti de travers avec cette fille. Peut-être le fait que je rejetais à l’époque mon homosexualité y était pour quelque chose, hehe. J’en étais bien conscient pourtant. Mais des raisons familiales stupides et patati et patata ont fait que je tremblais dans ma culotte à l’idée de faire un quelconque premier pas pour m’accepter en tant que tel. Du coup lors d’une soirée, en ayant marre du célibat, je m’étais dit « ce soir peu importe la timidité, peu importent les autres, les râteaux et que sais-je encore, ce soir je me trouve une fille ». Et cette soirée fut une des seules de ma vie où j’ai eu le courage de me conduire en séducteur avec les filles. Sans doute bien maladroitement, l’histoire ne le dit pas.

Toujours est-il que la fille qui me plaisait plutôt m’a accordé danse sur danse et nous avons fini la soirée sur un baiser ma foi assez excitant. Ah la la, qu’est-ce qu’on peut se mentir des fois. En effet la réalité n’a pas tardé à se faire sentir : après deux semaines et quelques rendez-vous avec Juliette, je la délaissais souvent pour des soirées ciné avec des copains (dont un très mignon soit-dit en passant, hmm Thomas et son patronyme à rallonge).

Mais l’instant qui m’est revenu si vivement en mémoire hier est celui où, après avoir passé une deuxième soirée chez moi, j’ai embrassé Juliette pour la première fois depuis cette fameuse nuit au Tanjia. Chez moi, avec moins d’alcool pour me donner du courage, mais aussi beaucoup moins envie de l’embrasser, juste l’envie égoïste qu’elle parte. Il fallait pourtant l’embrasser, il le fallait. Je ne sais pas vraiment pourquoi mais je sentais que c’était quelque chose que je devais faire. Je ne l’avais pas fait depuis cette soirée alors que nous nous étions revus une fois chez elle et une fois chez moi avant cela. Juste au moment de la raccompagner à la porte je me suis penché sur elle et nos lèvres se sont effleurées, puis embrassées pleinement. C’est à ce moment-là qu’un voile noir s’est déposé devant mes yeux, que mes jambes ont tenté de se dérober sous moi et que je suis devenu sourd !

Heureusement, le voile s’est dissipé avant la fin du baiser. Pour mes jambes en revanche, ce fut plus compliqué. Il m’a fallu agripper solidement le pommeau de la porte pour ne pas m’effondrer. Je pense avoir réussi à donner le change. Quant à mon ouïe, je ne l’ai recouvrée complètement qu’une bonne dizaine de minutes après le départ de Juliette. Je me suis contenté d’acquiescer à tout ce qu’elle a pu me dire entre la fin de nos embrassades et son départ, laps de temps que je me suis bien forcé d’écourter tant mon malaise était grand.

D’aucun aurait pu y voir un coup de foudre. En ce qui me concerne et à la lumière de mes songeries nocturnes de l’époque je savais pertinemment que tout cela n’augurait rien de bon. Il fallait que je me rende à l’évidence : si Juliette avait été un Jules, je n’aurai pas perdu l’usage de deux de mes sens d’un coup, comme ça…

Ça paraît peut-être bête à dire mais ce malaise a grandement contribué à l’acceptation de mon homosexualité. Je me suis rendu compte que même mon corps rejetait ce mensonge au point de me rendre malade et qu’il fallait que je change des choses dans ma vie.

16 décembre 2008

Lofts et Caves

En ce moment j’enchaine un peu les sorties. Ce doit être le fait de ne plus me sentir coupable de participer à quelque activité sociale au lieu de bosser le CFA. Alors du coup c’est le bonheur intégral ! Petit florilège ☺

Célébrations de fin d'année chez Rico dans son loft de Williamsburg.

Du beau monde est même venu admirer son beau sapin chapeauté.

Ça se presse dans la cuisine...

Autre genre de spectacle : Kris Kelly en concert à Arlene's Grocery dans le Lower East Side, ou le Côté Oriental Inferieur comme dirait le sieur Edouard.

15 décembre 2008

Noël avant l'heure

Le problème quand on dit "pas de cadeau de Noël cette année, on fera un voyage" c'est que, soit on n'a pas le temps de faire le voyage, comme l'année dernière, soit l'un des deux craque et rentre à la maison avec un beau paquet enrubanné... comme S. cette année. Du coup nous avons fêté notre petit Noël tous les deux hier soir, puisque nous ne serons pas dans le même pays pour la naissance du petit Jésus.

Pour l'occasion j'avais réservé une table à Café Noir, sur Grand et Thomson. Mais lorsque nous avons vu 1) la taille exigüe du lieu, 2) le nombre pléthorique de gens encore debout à l'intérieur et 3) le DJ au fond entouré d'enceintes, nous sommes partis en courant dans la direction opposée. Si si, en courant.

Nous avons décidé de tenter notre chance sans réservation chez Didier à La Sirène, qui se trouve tout à côté sur Broome et Varick. J'avais déjà parlé de ce resto, en bien car le chef est un vrai Toulousain qui cuisine le poisson comme personne. Étant dimanche soir nous étions en veine: il lui restait deux tables. Nous n'avions en revanche pas prévu d'aller dîner BYOB et étions donc résignés à manger à l'eau gazeuse. Ça tombait plutôt bien finalement car les deux soirées précédentes avaient été copieusement arrosées.

C'était sans compter sur la générosité de Didier qui, quand il nous a vus arriver sans bouteille, nous a sorti une bonne bouteille de blanc pour accompagner ma truite. Ce n'est pas parce qu'il n'a pas le droit d'en vendre qu'il ne peut pas en donner !

Une tarte au chèvre et figues, un filet mignon de porc au porto et morilles, et une truite aux amandes plus tard la bouteille avait pris un sacré coup derrière les oreilles. Et nous aussi.

Une fois de plus la soirée à La Sirène fût un vrai délice. Nous avons pu papoter et échanger nos adresses e-mail avec nos sympathiques voisins puis discutailler recettes et bons produits avec Didier avant de regagner nos pénates dans le froid.

12 décembre 2008

Poésie quand tu nous tiens

New York n'en finit pas de m'étonner. En l'espace d'une minute quelque chose peut me la faire adorer puis détester. Ce matin en fût encore un exemple.

Bonnet vissé sur la tête, chaude capuche de mon manteau d'hiver rabattue, j'avance à travers la bruine jusqu'à Union Square où je prends le métro. Je ne m'arrête pas chez Starbucks, trop cher et pas le temps. Je ne m'arrête même pas au chariot ambulant qui vend un café délicieux devant mon ancienne salle de sport, j'ai hâte d'être à l’ abri. Je m'engouffre dans l'ouverture béante de la station et, comme tous les matins, le gars qui distribue le journal Metro est là. Casque sur les oreilles, toujours paré pour blaguer. Dire que je le connais un peu serait présomptueux. On se salue, on se demande comment ça va, on se souhaite une bonne journée, toussa. Et pourtant cela fait bien 6 mois que je ne l'ai pas pris son journal, j'avais un exam à préparer et chaque minute comptait. Ce matin je l'ai pris. C'est nul, ça ne change rien, mais il a été super content et on a parlé un peu plus. Je lui ai expliqué que mon examen passé, je peux reprendre la lecture de Metro. Il m'a demandé où était S. car il nous arrive de nous rendre ensemble au métro le matin. Il avait un parent d'élève à voir avant les cours. On s'est donc souhaité une bonne journée et j'ai descendu les marches vers le quai heureux de démarrer la journée de cette façon.

Arrivé aux tourniquets un homme obèse pissait bruyamment dans un coin. Poésie quand tu nous tiens.

08 décembre 2008

Expectatif

Ça y est j’ai enfin passé cet examen. C’était samedi, c’était tôt, c’était long. Deux fois trois heures, une session le matin et une l’après-midi. Deux examens comparables, en somme, dont on calculera ensuite la moyenne pour me dire dans deux mois si oui ou non j’ai le droit d’être misérable pendant cinq mois de plus et tenter le niveau deux en juin. Car voilà, on pourrait très bien me dire tout de suite si je suis accepté. C’est un QCM et corriger la copie ne requiert que de passer ma feuille de réponses aux olives noircies dans la machine ad hoc. Mais non, il leur faut bien jusqu’à la fin janvier pour nous délivrer nos résultats. Remarquez, c’est toujours ça de pris comme temps de repos avant le redoublement ou le passage dans la classe supérieure.

La journée de samedi a en tout cas marqué la fin de cinq ou six mois de boulot en plus du boulot, dans une période pas franchement facile du côté des marchés comme vous le savez sans doute. J’avais pris la semaine dernière pour bachoter à fond et elle ne fut pas du luxe. Il n’empêche que s’il m’avait fallu passer une seule journée de plus seul dans cet appartement à réviser, je me serais volontiers tiré une balle.

Enfin bon, voilà c’est fait, les résultats tomberont le 28 janvier et en attendant j’ai bien l’intention de profiter des cases vides de mon calendrier Google au maximum. Je n’ai déjà pas une soirée de libre pour les 8 prochains jours, entre les Christmas parties et les anniversaires.