George
George est un homme que la vie n'a pas loupé. La quarantaine bien tassée, célibataire, obèse et odoriférant, George a de plus une santé bucco-dentaire discutable et un dos littéralement en vrac, depuis qu'un accident de travail sur les échafaudages de la ville de New York l'a laissé partiellement invalide et dépendant d'une maigre pension.
George habite l’appartement qui l’a vu naître et qu’il n’a jamais quitté plus de cinq jours, profitant du loyer contrôlé qu’il a réussi à maintenir ridiculement bas en refusant systématiquement les rénovations proposées par son propriétaire au fil des années. Il habite donc depuis 43 ans un logement qu’on pourrait qualifier de vétuste avec un évier et une baignoire en fonte dont je n’ose imaginer l’état.
Pratiquement sans ressources et condamné à le rester du fait de son invalidité, George passe ses journées sur le perron de son immeuble. Il connaît tout le monde, tout le monde le connait. Certes il agace certains en squattant les marches de l'entrée avec ses amis mais au fond ce n'est pas un mauvais bougre et il est toujours prêt à raconter comment était son quartier dans sa jeunesse, lorsqu'on l'appelait encore le Lower East Side et non l'East Village, terme qui pour lui n'a aucun sens. Il passe tellement de temps sur ces marches que lorsque la camionnette de Google a photographié sa rue pour Google Street View, George était par hasard au rendez-vous posant pour la postérité.
Figure du quartier depuis presque un demi siècle, résistant à l'inflation ridicule des loyers, George habitait mon immeuble jusqu'à ce qu'un jour à son retour de courses il trouve sa porte cadenassée. Je ne connais pas la raison de cette expulsion. N'avait-t-il plus les moyens de payer chaque mois le propriétaire ? Ce dernier en a-t-il eu assez de ne gagner que maigrement sur un appartement qui, rénové, pourrait lui faire engranger facilement dix fois plus ? Les motifs d'expulsion sont certes plus nombreux ici qu'en France mais ils ne sont pas infinis. Toujours est-il qu’East 15th Street est sans nouvelles de George depuis deux semaines et qu’à chaque fois que je passe devant la porte de chez lui ce cadenas me pince froidement le cœur.
Pratiquement sans ressources et condamné à le rester du fait de son invalidité, George passe ses journées sur le perron de son immeuble. Il connaît tout le monde, tout le monde le connait. Certes il agace certains en squattant les marches de l'entrée avec ses amis mais au fond ce n'est pas un mauvais bougre et il est toujours prêt à raconter comment était son quartier dans sa jeunesse, lorsqu'on l'appelait encore le Lower East Side et non l'East Village, terme qui pour lui n'a aucun sens. Il passe tellement de temps sur ces marches que lorsque la camionnette de Google a photographié sa rue pour Google Street View, George était par hasard au rendez-vous posant pour la postérité.
Figure du quartier depuis presque un demi siècle, résistant à l'inflation ridicule des loyers, George habitait mon immeuble jusqu'à ce qu'un jour à son retour de courses il trouve sa porte cadenassée. Je ne connais pas la raison de cette expulsion. N'avait-t-il plus les moyens de payer chaque mois le propriétaire ? Ce dernier en a-t-il eu assez de ne gagner que maigrement sur un appartement qui, rénové, pourrait lui faire engranger facilement dix fois plus ? Les motifs d'expulsion sont certes plus nombreux ici qu'en France mais ils ne sont pas infinis. Toujours est-il qu’East 15th Street est sans nouvelles de George depuis deux semaines et qu’à chaque fois que je passe devant la porte de chez lui ce cadenas me pince froidement le cœur.
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